La poésie amazigh: Analyse thématique de Tamdyazt
Publié par : webmaster , Le : Apr-25-2006
PREMINAIRES :
Pour le Petit Robert, la littérature est "l’ensemble des œuvres écrites dans la mesure où elles portent la marque de préoccupations esthétiques, la connaissance, les activités qui s’y rapportent. Usage esthétique du langage même non écrit (littérature orale)". Cette définition est idéologique dans le mesure ou elle marginalise la littérature orale et donc les sociétés dont la culture et la tradition sont orales (contes, poésie...).Relativement à la poésie, ce dictionnaire affirme que c’est un "art de la fiction littéraire", du grec "poiêsis" qui veut dire création ; c’est également, comme tout genre littéraire, un "art du langage", visant à exprimer, à suggérer quelque chose.
De notre part, nous affirmons que la littérature est un art du langage écrit ou oral se subdivisant en genres. Nous soulignons que la poésie est un art, un genre littéraire qui exprime une vision du monde, une conception de la vie et de l’existence (temps, espace, histoire, identité...) Elle évolue, se transforme et s’adapte.
LITTERATURE ET COMMUNICATION :
R. JAKOBSON a élaboré le schéma déjà connu dont lequel il souligne que toute communication suppose : un émetteur, un récepteur, un code, un canal, un message et un référent ; chaque message dans chaque communication admet un ou plusieurs fonctions : ces dernières sont au nombre de six et proportionnelles aux six éléments du schéma. Nous nous intéresserons à la fonction conative (Le message est centré sur le récepteur auditeur).
L’intérêt du schéma de Jokobson est d’avoir mis l’accent sur l’aspect communicatif de tout message, et la littérature n’échappe pas à cette vérité . Elle suppose un lecteur auditeur immédiat, éventuel ou potentiel, sinon elle n’aura pas de sens car le but de l’artiste est de communiquer sous diverses formes pour des buts variés. L’acte d’écrire implique un destinataire réel ; imaginaire ou fictif. L’artiste par ailleurs appartient à une société qui existait avant lui et continuera à exister après lui, il n’émerge pas de néant ; il est dans une large part le fruit de son époque, de sa culture sur lesquelles il prend une position, juge, critique, critique, évalue, adhère...
LA POESIE AMAZIGHE
Comme toute poésie, celle des Imazighen exprime une vision de l’existence et de la vie, c’est un souffle de vie omniprésent dans toutes les activités de l’homme amazigh : naissance, mariage, cueillette, tissage, moisson, fêtes, rites..., elle se subdivise en sous-genres : timnadin, izlan, tiâjibin, timawayin, imâibarn, timdyazin.... Nous nous intéresserons uniquement à ce dernier "genre" pour en faire une analyse thématique.
TAMDYAZT
En tant que genre (ou sous-genre) littéraire tamedyazt existe et continue à exister, elle ne véhicule pas un message "dépassé" comme on tend à le croire, sa thématique est loin d’être unidimensionnelle ou redondante, sa valeur sociologique/sociale est incontestable. Conformément à l’analyse de Jakobson elle a un auditeur (lecteur) puisque elle continue à exister à durer d’autant plus que ses thèmes sont adaptés à son public, autrement elle disparaîtrait ; elle s’adapte à son temps ; épouse les événements et d’ailleurs des imedyazen existent toujours. Tamdyazt est un sous-genre "sérieux" qui a ses caractéristiques propres, elle est "chantée" pour exprimer une sagesse et non pour amuser, défouler comme c’est le cas des Izlan. Il suffit d’analyser le cérémonial qu’elle suppose pour s’en rendre compte ; cette poésie véhicule un message qui veut dire la "vérité", l’idéal, ce qu’il faut faire, ce qui existe, ce qui se vit ; elle nécessite (de l’auditeur) une attention particulière dans une atmosphère presque "sacrée" : se taire et écouter pour approuver, tirer des conclusions, les leçons de morales adéquates. De plus tamedyazt impliques une dimension philosophique : expliquer l’origine du monde et de la vie, le passé, le présent, l’avenir et le devenir, elle situe not re existence par rapport à la création du monde, prône la sagesse, on dit qu’elle véhicule : iwaliwn, ineghmisen, lemâni, tiwid ghef louqt... Elle peut être chantée à l’aide d’un instrument de musique, en groupe et dans ce cas, ce dernier reprend le refrain. Elle est orale et porte les marques de son oralité.
Les techniques ou procédés rhétoriques que tamdyazt utilise sont en général les images poétiques , la description ou le récit. Quant le poème fait recours à la personnification, c’est pour en faire la toile de fond pour l’allégorie, cette figure de style lui permet d’exprimer et traduire le manichéisme du monde et de l’existence. Ce procédé lui offre le moyen de bien retenir l’attention de l’auditeur, en lui racontant une histoire et faire passer un message très symbolique accentué et confirmé par la fin de l’histoire qui implique une morale condensée en un ou deux vers.
L’emploi des figures de style (allégorie, métaphore, périphrase ; antithèse, métonymie...) fait que tamedyazt est une poésie élaborée, travaillée, un art de langage. D’ailleurs l’amedyaz dit et affirme que sont langage, ses vers, sont "sculptés" comme le bois du menuisier poli, agencé de façon à ce que le message soit très imagé très "profond", suggestif. Le poète est conscient de son rôle et son devoir lui impose que ce qu’il dit sert ou renvoie à un "modèle", car il est le veilleur et le gardien, une mémoire, une référence reconnue. Il conçoit le monde comme un vaste champ qu’il doit cultiver, un monde ou les hommes sont la terre, la poésie, la semence et le poète, le cultivateur.
Un mot sur la caractéristique orale et la fonction conative de tamedyazt avant de passer à l’analyse des thèmes. Puisque elle est orale, tamedyazt implique un auditeur et par son contenu didactique elle a une fonction conative, ces deux propriétés nous semblent très liées dans la mesure ou elles se complètent ; en effet la présence de l’auteur participe et fait partie du "rituel" que suppose tamedyazt et cette dernière porte les indices de cette présence : le poète sollicite l’attention de ceux qui l’écoutent les invite à s’impliquer, partager , approuver, bref à réagir.
Par ailleurs, tamdyazt sur le plan formel a une structure cyclique, comme un serpent qui se mord la queue. Peut-être y verra-t-on une analogie, une similitude avec la structure cyclique des autres manifestations socioculturelles (les contes qui s’ouvrent par des formules et se ferment par d’autres) les fêtes, les rituels...Tamedyazt épouserait le mouvement du temps qui est cyclique au niveau des jours, des saisons, des années ; tout a un début et une fin comme notre existence sur terre. De plus les formules par les quelles le poète commence son poème sont à nos yeux une sorte d’avertissement pour l’auditeur : "que le silence se fasse, prêtez-moi votre attention, le voyage commence, nous entrons dans un autre monde, un autre univers, différent du monde quotidien banal et anecdotique, nous embarquons vers une autre réalité qui transcende le vécu, particulière et vert igineuse, sérieuse et vraie dans son idéalisme, tragique et beauté : le monde de la littérature."
AMEDYAZ
Appelé "amedyaz", "chikh" ou "aneccad", il jouit d’un statut social particulier et privilégié, c’est lui qui "inaugure" les manifestations culturelles les plus symbolique (mariage) ; il est respecté par le groupe pour son savoir, sa verve, sa maîtrise du verbe et du langage, sa vision philosophique de la vie ; il est le "guide", le sage, le moralisateur reconnu par tous ; c’est une référence incontestable au niveau des valeurs ; ses paroles transcendent les discours de tous les jours, c’est l’éclairé, le "prophète" (au même titre que Hugo, Vigny, Jabran...), il est conscient de son rôle social qu’il assume en sonnant l’alarme quant la menace des valeurs est proche, le danger imminent. Sa vie se confond toujours avec sa poésie et ses vers, il en vit et défend l’honneur du groupe.
L’ANALYSE THEMATIQUE
Nous donnons un bref aperçu de ce courant d’analyse que nous avons appliqué sur tamdyazt. La critique thématique s’appuies sur la notion de "thème", difficile à délimiter de façon précise ; c’est une donnée, une image qui parcoure l’œuvre il s’agit de dégager la structure de l’imagination du poète, son fonctionnement dans l’œuvre (comment l’imagination de l’artiste s’organise et organise l’œuvre).
Le fondateur de cette critique est Gaston Bechelard (1884-1962 ; pour lui et pour ses disciples, l’écriture est un acte existentiel ou l’auteur s’investie : vivre/ dire (écrire). La méthode de travail consiste à faire des inventaires permettant de sélectionner ensuite l’image "décisive", essentielle et ses répercussions dans l’œuvre. Elle aura donc le défaut de tomber dans l’arbitraire du choix de l’image fondamentale (sur quels critères s’appuyer ?) ou la subjectivité du critique intervient, elle réduit l’imagination à une seule image et néglige l’histoire. Parmi les thématiciens nous citons J.P Richard avec ses travaux sur M. Proust et CH. Baudelaire, G.Poulet sur Proust, Starobinsky sur Racine et Rousseau, J.P. Weber et Rousset qui tente de dépassé les critiques adressées à ce courant d’analyse.
Nous avons adopté cette analyse pour dégager les thèmes de tamdyazt, mais nous avons centré notre travail sur les thèmes sociologiques, car les poèmes que nous avons réussi à rassembler sont de différents poètes et ne permettent pas une étude exhaustive de chacun d’eux.
Il s’agit de :
Amer ou Mahfoud de Goulmima
Zaïd Oubbejna d’Igoudman (Aghbalou n Kerdous, Goulmima)
Hmad ou Hachem de Mellab (Goulmima)
Chyukh Hmad et Lahcen d’Azilala
Chikh Lisyour d’Imilchil-Aït Hani (Goulmima)
Moha ou Lhaj d’Aghbala